Les Poètes de la Montérégie

Plus de 28 ans de rencontres avec des amis de la poésie

Francine Dorval

Le cri de Mabel

Il était une fois des princesses au petit pois

Et là-haut sur le pont d’acier les yeux noyés de pleurs

La fille pousse un cri pareil au cri d’un remorqueur

Liverpool, Liverpool

Eddy Marney / Guy Magenta, 1967

Un matin de fin de tournée sur le quai d’une petite ville

Mabel transporte dans son bagage ses dentelles de fierté

Le sang de la passion coule dans les veines de la femme de théâtre

Chapeaux et gants du dimanche se faufilent dans les rangs

Amour toujours, applaudissement grisant et alcôve flottante.

Elle s’écrit des dialogues sur l’avant-scène du grand fleuve

Elle s’isole dans les replis du décor de son aimé

Elle répète les mots des grands dramaturges irlandais

Elle rêve de peinture aux odeurs d’un monde idéal

L’enfant de la balle l’enroule de bonheur

Promesse de gloire à Liverpool.

Un bruit fracassant déchire la comédie musicale du paquebot

Hurlements et pleurs d’enfants colorent les yeux maternels

14 minutes derrière le rideau de scène

Plongeon dans la gueule de la bête déchainée

Du côté jardin, le fleuve avale la célébrité

Le manteau d’arlequin flotte sur les larmes du drame

Laurence, Laurence!

Francine Dorval, 14 décembre 2017

 


C’est l’été, les coquelicots carillonnent à toute volée
Les fleurs du bonheur font rêver les cendrillons fragilisées

Un prince noir glisse sur le miroir de l’espoir et promet des rubans de bonheur

Le beau parleur est luisant, collant et galant

Au volant de sa citrouille dorée, le prince charmant délivre peau d’âne.

 

Les femmes des contes de fées sont sur les dents pour le grand jour de la célébration

La mère-grand s’acharne sur les petits pots de beurre

La marraine s’enroule de dentelle noire

La belle ne dort plus, ne mange plus, ne respire plus

Roses d’été, marguerites du bonheur, pivoines éternelles fleurissent les allées des épousés

Pour la vie, pour la vie!

 

Le temps traverse les saisons à pas de loup

Les princesses, aux souliers de verres, sautillent sur les nénuphars hypothéqués

Le ménestrel à la voix désaccordée se transforme en crapaud vaseux

À trop courir sur les galets pointus, les fragiles talons déchirent les robes de mousseline

Par soir de pleine lune, les forêts sont désenchantées.

 

Francine Dorval, 1 décembre 2017

 

Les montagnes de l’espoir

L’Odyssée des amazones

Les femmes du désert couvrent leur cœur

Du voile de la pudeur

Leur apparence déchaîne les messagers de l’Éternel

Il pleut des bombes de haine sur les murs des croyances

Les colonisés du dimanche brandissent le drapeau de l’intolérance.

Les femmes à la peau basanée sont humiliées et rejetées

Par leurs sœurs, leurs seules alliées

Aucune différence n’est approuvée

Le bucher est enflammé pour brûler les voiles colorés

Elles seront lapidées sur la grande place nationale.

 

Je vis de l’espoir qu’un jour

Les légitimes et les amantes créeront la paix

Les couvre-chefs seront alors échangés

Un chapeau de paille, un hijab, un foulard fléché, une tuque tricotée

Elles traverseront les montagnes et les dunes

En portant très haut sur leurs épaules leurs filles métissées

Afin qu’à leur tour

Elles brodent le drapeau de la liberté.

 

Francine Dorval, octobre 2017

 Blessure profonde sur le corps des sirènesBénédiction accordée aux conquérants.

Milieu de silence tapissé sur les écrans des inconsciences

Mur de jouissance pour les cracheurs de feu.

Loi des bouffons

Liberté des rois.

L’odyssée de Pénélope libère la parole des amazones

Linge d’argent recouvre les corps des prétendants.

Messe du dimanche sacrifie son fils Télémaque

Massacre assuré par les célébrants.

Course des talons plats autour du royaume

Cravate trop serrée sur les gorges à saigner.

Jamais le temps de prendre le temps du temps pour réfléchir

Joute entre combattants pour conquérir la prise.

Hurlement du cœur des silencieuses

Humiliation des obligés.

Conventum des blessées

Connivence des dompteurs de lions.

Poursuite fragile sur les mers des explorateurs

Patience sans faille des marcheuses aux pieds nus.

Qui tuera le cyclope?

Qui poursuivra la tapisserie de Pénélope?

 

Francine Dorval, 02-11-2017

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