Les Poètes de la Montérégie

Plus de 28 ans de rencontres avec des amis de la poésie

Georges Beaulieu

G.Beaulieu-site

 LA LETTRE SÉRIEUSE

AU LARGE DU DÉSIR

 Voici la lettre d’un enfant sage,

né dans le mois des poissons.

 

« Tu es trop sérieux

Quand tu me proposes la Garderie du Hibou

Dont aucun oiseau n’a jamais franchi la porte.

 

C’est pas sérieux des vacances

En colonie à mon âge.

La colonisation, c’est pour les vieux, les ancêtres.

Puis ton école, ton autobus jaune où mon chien

Ne peut monter,

Trop sérieux pour moi !

 

Je reste dans ma chambre

À jouer avec le rayon du soleil.

Sur le mur, nous sommes plusieurs

Et nos jeux sont sérieux.

Le soir les efface

Pour que tu ne puisses pas les découvrir. »

©Georges Beaulieu

Et sur YouTube, plus bas : En guise d’une devise et La carte du pays

 

De ma plume sortent

Des oiseaux qui vont mourir

Au large de ma page

Leurs cris ressemblent à des

Chants de marins

Qui se brisent contre la vague

Se déchirent dans les cordages

 

J’ai pourtant dessiné

La courbe de l’envol

Avec tant de soin

Que mes doigts sont figés

Sur le désir

 

Aujourd’hui les oiseaux

Sont revenus

Tirer à la courte paille

Choisir la plume qui libèrera

Le désir du haut vol

 

J’ai assisté au cérémonial

D’une plume

Promise au plus merveilleux

Des destins

 

L’oiseau a pris son vol

Sur la piste du désir

Déjà le large

Battant le souvenir

 

Je reste là

Sur la plage

Une plume d’oiseau à la main

Le cœur un peu froissé

Comme la page de mon carnet

© Georges Beaulieu, Tous droits réservés, Artum, novembre 2000

EN GUISE D’UNE DEVISE

LA CARTE DU PAYS

Un écu qui ne rapporte rien

Un blason qui fait le fanfaron

Un bouclier pour un cœur fragile

Des herses au plafond de ma vie

Ne fécondent pas la terre

J’ai vidé tous mes greniers

N’ai pas trouvé la bague

Ni la dague de mon ancêtre

J’ai découpé des photos

Mais la lame a bifurqué

Sur l’épaule du temps

Le sang bleu a suivi les rides

Dessinant sur ma poitrine

Le blason de mes incertitudes

Comment me protéger des attaques

Avec un bouclier orphelin

Je suis nu sous mes questions

Et on voudrait que je rédige ma devise

J’ai mis bout à bout mes inquiétudes

Puis les ai portées sur la feuille de musique

Perdue la clé

Les notes discordantes

M’arrachent l’oreille

Un air d’harmonica triste à mourir

Perce l’azur bleu d’orage gémissant

Je marche dans mon temps

Guettant le guerrier derrière la lune pâle

Me faufilant entre les rochers

Cherchant l’ardoise pour me protéger

comme mon ami le lézard interloqué

Vite une craie pour dessiner

Le monstre effrayant de mes nuits

Et rédiger la devise la plus convaincante

Le poète dit vrai

Les autres racontent des histoires

 

©Georges Beaulieu, 3 février 2010

 

Nous avons parcouru ce paysBattu tous les sentiers

Flâné dans les barachois

Escaladé ses montagnes et dormi à la belle étoile

N’avons pu éviter quelques escarmouches avec les animaux et les habitants

Qui finalement se sont habitués à nous

Nous qui nous sommes mariés

Avec l’eau la terre la pluie et le soleil

Nos mains se nouaient avec les racines

Jusque dans le ventre des anciens qui causent avec les dieux

Il y a tant de temps que nous sommes dans la plaine et la montagne

Que nous avons perdu l’adresse et la route et le cadastre

Demandant l’heure et le temps qu’il fait au soleil

Interrogeant la mouette sur la rose des vents

Ajustant notre marche sur les clochers des villages

Une course sans boussole son aiguille frémissante à la pointe du coeur

Puis quelqu’un est venu

A couvert la table avec une carte pleine de mots incompréhensibles

Les terres n’avaient plus trente arpents

Le soleil ne se levait plus à l’est

Le renard ne retrouverait plus le sentier bien connu

Le pays de la carte ne coïncidait plus avec le pays rêvé

La table débordait de compas, de boussoles et de sonars

Tous les instruments cherchaient le pays perdu

Et ne le trouvaient plus

Alors le grand-père dit

Je vais aller dormir au grenier

Ne me réveillez pas

Oubliez-moi, oubliez la carte

Je vous retrouverai sur la route

 

 

Georges Beaulieu

4 juin 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 réactions sur “Georges Beaulieu”

  • CARNETIER dit :

    L’idée de notre doyen est lancée. À chacun d’y réagir.

    Georges

  • CARNETIER dit :

    Une lettre-poème de mon ami Gilles La Roquebrune (juin 2011)

    Le 18 juin 2011

    Monsieur Georges Beaulieu

    Cher ami poète,

    Il m’apparaît très important de souligner
    Ta nomination comme président du cercle
    Des poètes, ce qui n’est point à dédaigner
    Mais ardu, comme trouver une rime en ècle.

    Le poste est exigeant, demande du doigté,
    Beaucoup de fermeté et autant de sagesse;
    Tu es bien pourvu de toutes ces qualités,
    Et les membres en majorité acquiescent.

    J’ai visionné avec intérêt notre site
    De poésie, bien fait, moderne et attrayant.
    Il m’apparaît que très peu de membres s’excitent
    À le voisiner avec leurs mots flamboyants.

    Pourquoi ne pas offrir à nos membres d’écrire
    Un texte court révélant leur définition
    De la poésie et tout ce qu’elle leur inspire,
    Ses exigences, aussi ses tribulations.

    Je me permets de te transmettre quelques textes
    Courts sur ce sujet, aidé de mes acolytes
    Livrant sans retenue (pour eux un bon prétexte)
    Ce qu’est la poésie, et tout ce qui l’habite.

    Amicalement,

    La Roquebrune

    LoM
    (La Roquebrune – OméGa- Morkery)

  • Magda Farès dit :

    Merci Georges de nous faire connaître un peu ce Milosz. J’en suis ravie et touchée par ces couleurs et cette nostalgie du futur !!!
    Je dormirai un peu plus instruite ce soir pour ne pas dire un peu moins « ignare » !

    Magda

  • Georges Beaulieu dit :

    Quand Milan Kundera m’a mis sur la piste de Milosz un poète lituanien écrivant en français (et en plusieurs autres langues) avec quelques vers nostalgiques écrits au futur, j’ai eu un choc ! De la nostagie au futur ? Un effet foudroyant. Allez lire la Symphonie de novembre et vous m’en reparlerez.
    Alors ma réaction à la question posée par le webmestre, je réponds que je suis prêt à défendre Milosz bec et ongles même s’il bouscule parfois joyeusement la versification traditionnelle. Et si vous me poussez un peu je vous présenterai mes autres poètes fétiches. Mais là j’ai déjà pris beaucoup trop de place. Je voulais juste vous montrer que c’est facile de venir se chicaner gentiment sur toutes sortes de sujets qui nous importent. Y a qu’à ajouter un commentaire dans l’espace proposé.
    Puis je vous fais une fleur: voici quelques vers de Milosz :

    «Et tu as oublié, toi, la couleur d’alors de ta robe;
    Mais moi, je n’ai connu que peu d’instants heureux.
    Tu seras vêtu de violet pâle, beau chagrin !
    Et les fleurs de ton chapeau seront tristes et petites
    …»
    Et cela continue ainsi comme un chant triste pour un avenir recréé par l’art. Drôle d’idée ce futur…

  • Georges Beaulieu dit :

    Le poète est un solitaire comme l’Albatros de Baudelaire.

    Non le poète n’est pas seul au monde, même s’il souffre parfois de la solitude ou de l’incompréhension de ses contemporains ou de son inadéquation à sa société.

    En fait il (ou elle) fait partie d’une grande famille, les poètes de tous les temps qu’il chérit secrètement ou qu’il vante ostensiblement.

    Pour quelle raison chérissez-vous tant Éluard ou Saint-John Perse ou Nelligan ou Anne Hébert ou Hélène Dorion ou O. V. De L. Milosz ?

    Quels sont vos poètes fétiches ? Êtes-vous POUR ou CONTRE l’idée de les présenter en quelques phrases et de les défendre vigoureusement ?

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