Les Poètes de la Montérégie

Plus de 28 ans de rencontres avec des amis de la poésie

Gérard St-Arnauld

 

G.St-Arnauld150
 QUE S’OUVRE LE RIDEAU ! S’IL Y A DU FRIMAS

 Dans la nuit, elle avance, la femme.

Le ventre zébré de souffrance,

Et un homme devant elle.

Un pas en avant, un autre pas,

Et puis, un autre encore.

Pas de place pour les pauvres.

Une grotte là-bas, humide.

Elle s’étend, la femme;

Se déchirent ses entrailles.

Et s’ouvre le rideau

D’une humanité nouvelle.

Un Sauveur nous et né!

Et chantent les anges!

Et marchent les bergers!

Et partent les Mages

Guidés par leur étoile!

Nuit belle entre toutes,

Piquée de lumineux espoirs!

Et commence un règne nouveau

De paix, de justice et d’amour!

Dans le jour, elle avance, la femme,

Quelque part dans le monde,

Et des enfants avec elle,

Dans la poussière, vers nulle part.

Pas de place pour les pauvres.

Un pas en avant, un autre pas,

Et puis, un autre encore…

Lente marche de l’Homme vers le bonheur.

in De sable et d’eau claire – Poètes de la Montérégie

 S’il y a du frimas sur tes lèvres,C’est que je ne les réchauffe plus.S’il y a du frimas sur tes lèvres, 

C’est que les miennes ne te plaisent plus.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,

C’est que l’automne s’en est allé,

Sans crier gare, sur le bout des pieds,

Et que, froid, l’hiver s’est installé.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,

C’est que chacun s’est ingénié

À souffler sur ses lèvres givrées

Sans s’oublier pour celles de l’autre.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,

C’est que la routine a installé

Ses vieilles pantoufles tout usées

Et que tu gèles depuis les pieds.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,

C’est que le poêle ne chauffe plus;

Rien ne sort plus par la cheminée

Des lèvres ouvertes pour aimer.

S’il y a du frimas sur tes lèvres,

Et que tu veuilles les réchauffer

Je ferai une bonne attisée :

Les cendres chaudes couvrent la braise.

 

Extrait de «VERBUM SILENTII»

 recueil de poésie du Cercle des poètes de la Montérégie 2006

 

À QUAND LA LIBERTÉ?*

 BOUFFE DE LECTURE

Quand nous lèverons le fleurdelysé

Au mât de nos vies, au mât de nos coeurs

Comme des êtres libres,

Le ciel rougeoiera aux feux de la fête

Et les vieux mousquets salveront leur joie;

Quand nous lèverons le fleurdelysé,

Un peuple en émoi criera: « Liberté ».

***

Quand, à la St-Jean, les champs s’orneront,

Sous un ciel d’azur et un soleil chaud,

De fraises nouvelles,

Les villes auront leurs vivants cortèges

Et tous les villages, leurs chars animés;

Quand, à la St-Jean, les champs s’orneront,

Se tiendra debout un peuple vainqueur.

***

Mais, il semble loin, ce neuf avenir,

Et les cheveux noirs passent à cheveux gris,

Se font blancs de neige.

La stérile peur nous tient aux entrailles

Empêchant de voir le chemin tracé.

Mais il semble loin, ce neuf avenir.

Verrons-nous, un jour, ce temps de bonheur?

***

*Poème écrit pour le récital de Carignan du vendredi 18 juin 2010. 

On l’a alors chanté sur l’air  Le temps des cerises

Gérard St-Arnauld

Je plonge à pleins gaz

Dans des livres épais.

Lis, relis et re-relis,

Bouffe et rebouffe encore.

J’ingurgite l’histoire.

 

Je suis un obsédé;

Je vis dedans ma bulle.

J’emmagasine dates,

Noms, lieux géographiques.

J’apprends la langue indienne.

Je note et je renote,

Résume et re-résume.

J’écris et je reprends,

Reprends et re-reprends.

Je crois que je radote.

Je secoue mes neurones,

 

Étire mes chakras,

Force toutes mes méninges,

Fixe mes idées fixes,

Me gonfle le cerveau.

 

J’oublie tout le présent

Et l’avenir aussi.

La terre peut bien mourir,

Je n’en sens pas un pli :

Le passé m’intéresse

 

Je suis vraiment malade,

Malade de savoir

La grande et belle histoire

De ceux qui ignoraient

Qu’ils bâtissaient l’Histoire.

Gérard St-Arnauld

in De sable et d’eau claire, 2008

 

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