Les Poètes de la Montérégie

Plus de 28 ans de rencontres avec des amis de la poésie

Luce Pelletier

LA RIVIÈRE EST ROUGE DE SANG 

(pantoum)

La rivière est rouge de sang,

Miroir au ciel indescriptible…

Un jour s’arrêtera le temps

L’existence sera paisible…


Miroir au ciel indescriptible

En un crépuscule sans vent

L’existence sera paisible…

Le silence un apaisement…


En un crépuscule sans vent

Les souvenirs irréversibles

Le silence un apaisement…

Image du futur visible


Les souvenirs irréversibles

Un jour s’arrêtera le temps

Image du futur visible

La rivière est rouge de sang


© Luce Pelletier

25 février 2006

Paru dans le Carquois de mai 2006


canevas

le canevas

appliqué sur la peau

le canevas séché d’or

se déclinant sous l’iris mobile

tous les parfums de la lumière

en un écho à la question du temps

la rage des dieux contenue

le trait articule

le souffle pur le vent

le trait à l’algorithme parfait

puisant sous la peau

l’or biomorphe

© Luce Pelletier

mai 2010

geste

le gant blanc (jusqu’au coude)

barrière à la chaleur

à la moiteur

de la main nue

le gant blanc jusqu’au coude

une suite de gestes

autrement sans importance

une suite de gestes

soulignant la moindre habitude

soulignant le moindre désir

après le geste quotidien

après le geste quotidien

de fermer la porte

le gant blanc sur un plateau

ou simplement par terre

selon le geste suivant

© Luce Pelletier

mai 2010

je suis Babel

au milieu d’étrangers

en quête de la rondeur de la terre

en quête d’un paradis

mais par-dessous

je suis Babel

voyage au milieu d’étrangers

en quête d’un paradis

mais sous le ciel

émergeant d’un océan hypothétique

d’autres avant

et d’autres après

me reste le siège de l’invité

près d’une fenêtre

donnant sur le ciel

ayant l’air de dire qui je suis

alors que la soupe est servie

© Luce Pelletier

mars 2010

une forme de vie

sur l’âme

croûte de lune

l’habitude de flâner

sur le corps de la colline

un songe versé dans la plaine

sur la totalité du crépuscule

essentiellement le passé oublié

impossible à imaginer

© Luce Pelletier

octobre 2009

improbable retour

sous le soleil

sans être semblable

égrener l’éternité

et les cosses de pois

apprendre les secrets de l’éternité

dans l’art d’en sentir le contenu

improbable retour

apprendre le sens du mot prononcé

dans la cohue

inaudible dans la cohue

alors que justement

mon regard se collait à tous ces gestes

pour en saisir le sens

et que je cherchais à comprendre

pourquoi tu étais si différent

sous le soleil pourtant pareil

ton être semblable

se collant à ma peau

© Luce Pelletier

septembre 2009

rond de lumière

le regard fixé

sur un rond de lumière

alors que la nuit s’étend

et que le plancher craque

les regrets reposant dans l’ombre

accrochés aux murs du couloir

la nuit fléchissant

l’aube au creux des paumes

l’âme s’assombrit

le jour venu

chuchotements

de soie contre la peau

perdue sous les doigts

chapitre III

© Luce Pelletier

juin 2009

option

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les armes obligent

le profit par l’épreuve

le visage tombé

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(et le sien)

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le « self-control » alimenté

oser l’album du jour

poursuivre le rôle

laisser son nom

adopter ce pseudo

à faire rêver

choisir la main

qui prendra le téléphone

s’il sonne

« qui êtes vous? »

se laisser tenter par le silence

© Luce Pelletier

avril 2009

le proche secret

les contours flous

d’une longue narration

adoucie de moments

d’une présence

dans un ailleurs secret

une parole chuchotée

dans la fiction de l’aube

une descente dans l’être

où se trouvent des parcelles encore vives

de jours que l’on croyait éteints

© Luce Pelletier

mars 2009

quelques secondes encore

l’amour zigzague

sillonnant un labyrinthe

un trajet à la chandelle

colorant le bleu de la nuit

d’une ombre délicate

quelques secondes encore

respirer son âme

quelques secondes encore

© Luce Pelletier

janvier 2009

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